La Norvège pourrait être attractive pour de grandes entreprises qui recherchent des espaces de stockage informatique, estiment des experts. Digin, regroupement fédérant des entreprises spécialisées dans les technologies internet, pense que le sud du pays pourrait devenir une capitale du stockage informatique. Des esquisses sont déjà prêtes pour la construction d’un grand data-center à Vennesla, ainsi que des projets concurrents à Setesdal et Ryfylke. Mais pour que ce projet aboutisse, il faut d’abord mettre en place une fibre optique entre la Norvège et le continent européen.
– Nous disposons d’une grande quantité d’énergie « verte » (hydro-électricité) et nous sommes à une faible distance du continent. C’est pourquoi nous pensons que le sud de la Norvège est bien situé pour faire du stockage de données, explique John Lennart Krohn, de Digin, une des plus grandes sociétés d’informatique de Norvège.
Le besoin de stockage est très grand et augmente tous les jours. A chaque minute qui passe dans le monde, 48 heures de vidéo sont envoyées sur Youtube, 100 000 tweets sont écrits, et environ 200 millions de courriels sont envoyés et reçus, ce qui ne représente d’ailleurs qu’une faible partie du trafic internet total. D’autre part, de moins en moins de données dont stockées localement sur les ordinateurs et les serveurs d’entreprises et de collectivités. La pratique du « cloud-computing » se répand.
Les spécialistes mettent en garde contre une opportunité de milliards de couronnes qui risque d’échapper à la Norvège pour être exploitée par la Suède ou la Finlande, qui ont déjà des liaisons optiques avec le continent. Les pays nordiques sont en effet perçus comme un lieu idéal de stockage en raison de leurs ressources énergétiques et leur températures plutôt basses. D’après IKT Norge, qui groupe des industriels et des politiques pour le développement des nouvelles technologies de communication, de grandes entreprises sont prêtes à acheter de la place de stockage en Norvège.
– C’est peut-être un des secteurs les plus porteurs d’avenir au monde. La quantité des données informatiques connaît une croissance vertigineuse. Ce pourrait devenir une très grande industrie, déclare le secrétaire général d’IKT Norge, Per Morten Hoff. Nous avons une électricité provenant à 97% de sources d’énergie renouvelable, un climat politique stable, pas de tremblements de terre, des températures basses, ce qui signifie des besoins réduits d’énergie pour la climatisation des serveurs.
La mise en place d’un câble entre la Norvège et l’Allemagne pour l’énergie électrique est programmée pour 2018, mais rien n’est prévu pour y adjoindre une fibre optique à la même occasion. Le groupe parlementaire des députés de l’Agder ont envoyé une lettre au ministre des transports pour obtenir cet ajout: le coût supplémentaire ne représentera en effet que 1% de l’investissement total, une goutte d’eau dans la mer. Statnett avait déjà refusé une première fois, demandant que les acteurs commerciaux intéressés prennent en charge tout le coût supplémentaire, mais la pression des responsables politiques et de IKT Norge devrait provoquer un nouvel examen de cette opportunité.
On parle aussi d’un câble de puissance entre Kvilldal, dans le Rogaland, et la Grande-Bretagne; mais là non plus, personne n’a prévu d’y adjoindre une fibre optique. Dans ce cas aussi les politiques se sont rassemblés pour se plaindre auprès de Statnett de cette nouvelle omission.
D’autant que la concurrence est grande entre les pays nordiques: Google s’est déjà établi en Finlande, et Facebook a acheté de l’espace de stockage en Suède, à Luleå où est gérée une bonne partie du trafic des 800 millions d’utilisateurs, dans un data-center de près de 30 000 mètres carré, qui a déjà créé 900 emplois. IKT Norge pense que si la liaison optique était faite, la Norvège pourrait être plus attractive que la Suède: en effet la loi suédoise autorise à examiner le trafic internet, si les intérêts du pays sont concernés, ce qui peut être dissuasif pour les possesseurs de données confidentielles.
Beaucoup sont inquiets de savoir comment la Norvège gagnera de l’argent après l’ère du pétrole. Le stockage de données pourrait être à cet égard un supplément important.
– On ne peut pas rester sur le quai et regarder le train partir, estime John Lennart Krohn. Le stockage informatique pourrait devenir l’activité industrielle de la prochaine génération et prendre le relais du pétrole.
Source de l’information : NRK
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