À la fin du mois d’octobre, les citrouilles, les toiles d’araignée et les décorations orange et noires font leur apparition dans les commerces et les maisons norvégiennes. Les enfants préparent leurs costumes et attendent avec impatience la tournée des bonbons, tandis que les amateurs de films d’horreur se plongent dans l’ambiance de cette fête désormais bien installée dans le calendrier. Pourtant, Halloween n’a pas toujours fait partie des traditions norvégiennes. Son arrivée est relativement récente et son adoption a suscité des réactions contrastées. Entre influence américaine, évolution des habitudes familiales et héritage des anciennes coutumes populaires, Halloween raconte aussi une histoire de société.
Halloween, une fête récente dans la société norvégienne
Avant les années 1990, Halloween restait peu connue en Norvège. Elle était principalement célébrée dans les écoles internationales et les communautés anglophones. La situation évolue progressivement au milieu des années 1990. À Oslo, des soirées Halloween rencontrent notamment le succès dans des lieux culturels et musicaux. Puis, à la fin de la décennie, la fête gagne les familles. Les parents accompagnent les enfants dans la préparation des costumes et les écoles comme les jardins d’enfants organisent des activités thématiques. Ces structures jouent un rôle important dans la diffusion d’Halloween. Les préparatifs permettent aux enfants de bricoler, de se déguiser et de partager des moments collectifs. Comme d’autres fêtes inscrites dans le calendrier scolaire, Halloween devient progressivement un rendez-vous attendu. Cette évolution s’inscrit dans un phénomène plus large : à la même période, plusieurs pays européens, dont la France, la Suède, la Finlande et les Pays-Bas, adoptent eux aussi des formes de célébration inspirées d’Halloween à l’américaine. Aujourd’hui, de nombreux jeunes Norvégiens ont grandi avec cette fête. Pour eux, les costumes, les citrouilles et les bonbons font naturellement partie de l’automne.

« Knask eller knep » : l’origine de la formule norvégienne
En Norvège, la célèbre formule « des bonbons ou un sort » se traduit par « Knask eller knep ». Son histoire linguistique est liée aux bandes dessinées américaines. Au début des années 1990, les frères Espen et Henning Hagrup choisissent cette expression pour traduire l’histoire de Carl Barks intitulée Trick or Treat. D’autres traductions sont proposées, mais « Knask eller knep » s’impose durablement dans l’usage norvégien.
La formule accompagne la tradition de la tournée des bonbons : le soir du 31 octobre, les enfants déguisés se rendent de porte en porte pour recevoir des friandises. Cette pratique n’est toutefois pas une simple invention contemporaine. Les visites de maison en maison, les déguisements et les petites facéties existent depuis longtemps dans différentes traditions européennes. Ce qui caractérise Halloween aujourd’hui résulte d’un mélange d’influences anciennes et de transformations modernes.

Les origines d’Halloween : entre héritage européen et culture américaine
L’histoire d’Halloween est souvent racontée à travers ses racines celtiques et les célébrations anciennes associées à la fin de l’année. Mais son évolution est plus complexe que ne le laissent entendre certaines histoires populaires. Le Norsk Folkemuseum rappelle que les origines les plus anciennes de cette fête sont parfois difficiles à établir avec certitude. Les pratiques contemporaines ne sont pas la reproduction directe d’un rituel unique transmis intact depuis l’Antiquité.

Plusieurs traditions européennes ont contribué à façonner les fêtes qui ont précédé Halloween. En Angleterre, par exemple, la célébration de Guy Fawkes Day, le 5 novembre, comportait des déguisements et des visites de maison en maison. Dans les traditions irlandaises liées à la veille de la Toussaint, la nuit était associée aux morts et à des créatures surnaturelles. Ces pratiques ont évolué au fil du temps et se sont mêlées à d’autres coutumes. Avec les migrations, notamment irlandaises, différentes traditions automnales ont traversé l’Atlantique et se sont transformées aux États-Unis. C’est principalement en Amérique que s’est élaborée la forme moderne d’Halloween, telle qu’on la connaît aujourd’hui.

Citrouilles, toiles d’araignée et films d’horreur : la naissance d’Halloween moderne
Aux États-Unis, la fête se transforme progressivement au cours du XIXe et du XXe siècle. Les journaux et les magazines contribuent à sa popularisation en proposant des recettes, des idées de costumes, des décorations et des conseils pour organiser des soirées thématiques. Les citrouilles sculptées, les chauves-souris, les toiles d’araignée et les crânes deviennent des éléments incontournables de l’imaginaire d’Halloween. La fête ne se limite plus aux visites costumées : elle investit les maisons, les tables et les espaces publics.
La tradition du trick or treat, quant à elle, prend sa forme moderne aux États-Unis au cours du XXe siècle. Dans les années 1930, certaines initiatives cherchent à encadrer les comportements parfois turbulents des jeunes pendant Halloween. Accueillir les enfants, leur offrir des friandises et transformer la tournée en activité conviviale contribue à faire évoluer cette pratique.
L’imaginaire horrifique renforce ensuite la popularité de la fête. Les films et les séries donnent une place importante aux monstres, aux fantômes et aux histoires effrayantes. Cette dimension influence aussi la manière dont Halloween est célébrée en Europe. En Norvège, comme dans d’autres pays, l’ambiance de peur et de frissons est devenue l’un des aspects les plus visibles de la fête.

Les anciens « julebukk », cousins norvégiens d’Halloween ?
L’arrivée d’Halloween en Norvège a parfois été critiquée au motif qu’elle ferait disparaître une tradition locale : celle des julebukk. Cette coutume de Noël consistait notamment à se déguiser et à rendre visite aux voisins. Dans certaines régions, les groupes étaient composés de jeunes gens portant des costumes impressionnants, des masques inquiétants ou des tenues volontairement grotesques. Ils pouvaient réclamer de la nourriture et des boissons, chanter, danser et faire des farces. Les témoignages historiques recueillis en Norvège décrivent des mises en scène parfois très inventives, bien éloignées des images enfantines que l’on associe aujourd’hui à certaines fêtes de Noël.
Le parallèle avec Halloween est intéressant : dans les deux cas, les déguisements servent à brouiller les identités, les visites de maison en maison rythment la célébration et les comportements peuvent prendre une dimension théâtrale ou espiègle. Il ne faut cependant pas confondre ces deux traditions. Les julebukk appartiennent au calendrier de Noël et possèdent leur propre histoire. Leur évolution montre néanmoins que les déguisements effrayants et les farces ne sont pas étrangers au patrimoine populaire norvégien. L’ethnologue Audun Kjus souligne d’ailleurs que les anciennes coutumes de déguisement étaient parfois plus libres et plus provocatrices que les versions adaptées aux jeunes enfants au cours du XXe siècle.

Halloween, une fête aimée autant que contestée
Halloween divise encore les Norvégiens. Certains apprécient l’occasion de créer des costumes, de décorer leur maison et de partager une fête avec les enfants. D’autres dénoncent une célébration importée, jugée trop commerciale, qui encourage la consommation de friandises et d’objets décoratifs. Les critiques ne portent pas uniquement sur l’origine étrangère de la fête. Elles traduisent aussi des interrogations sur l’évolution des traditions : faut-il préserver les coutumes nationales ou accueillir de nouvelles célébrations ? Une fête importée peut-elle trouver sa place dans la culture locale ?
L’exemple des julebukk invite à nuancer le débat. Les traditions ne restent jamais complètement figées. Elles évoluent, se transforment et peuvent disparaître dans certaines régions tout en se maintenant ailleurs. Halloween est ainsi devenue une nouvelle fête du calendrier norvégien, adaptée aux habitudes contemporaines. Son succès repose notamment sur la créativité, le jeu et le plaisir de se retrouver, même si son aspect commercial continue de susciter des réserves.
Comment profiter d’Halloween en Norvège ?
Pour les familles et les voyageurs présents en Norvège à l’automne, Halloween permet de découvrir une facette contemporaine de la culture du pays. Les enfants peuvent participer à la tournée des bonbons dans les quartiers où cette pratique est organisée, à condition de respecter les habitudes locales et les consignes de sécurité. Les ateliers de bricolage, les concours de costumes et les fêtes thématiques sont également des activités fréquentes à cette période.
Les amateurs de culture peuvent s’intéresser aux traditions populaires norvégiennes, notamment aux julebukk, pour mieux comprendre les liens entre les déguisements, les fêtes saisonnières et le folklore. Les musées consacrés à l’histoire et aux traditions proposent parfois des événements ou des ressources sur ces pratiques.
Enfin, la fin du mois d’octobre est une période propice aux promenades automnales. Les forêts se parent de couleurs flamboyantes, les journées raccourcissent et les paysages prennent une atmosphère particulière. Il suffit parfois d’une soirée sombre, de quelques lanternes et d’une citrouille éclairée pour retrouver l’esprit d’Halloween. Les programmes des événements variant d’une année à l’autre, il est conseillé de consulter les agendas locaux et les sites des organisateurs avant de prévoir une sortie.

Halloween en Norvège, une tradition en constante évolution
L’histoire d’Halloween en Norvège montre comment une fête relativement récente peut s’installer durablement dans les habitudes d’un pays. Popularisée à partir des années 1990, elle est devenue un rendez-vous important pour de nombreuses familles, grâce notamment aux écoles, aux jardins d’enfants et à la tournée des bonbons. Derrière les citrouilles et les costumes se cache une histoire plus complexe, faite d’influences européennes, de transformations américaines et de débats sur la place des traditions. Le rapprochement avec les anciens julebukk rappelle également que la culture populaire norvégienne possède elle aussi un riche imaginaire de déguisements et de farces. Halloween est donc bien plus qu’une fête commerciale ou une soirée consacrée aux monstres : elle témoigne de la manière dont les traditions se transmettent, se transforment et se réinventent au fil des générations.
Source et complément d’information : Norsk Folkemuseum, « Halloween – elsket og hatet », article d’Audun Kjus, conservateur au Norsk etnologisk gransking.




