Chaque jour de grandes quantités d’eaux usées mal traitées sont déversées directement dans les fjords. Une enquête de la chaine de télévision NRK a révélé qu’un certain nombre de grandes municipalités norvégiennes ne respectent pas les règles environnementales en matière de traitement des eaux usées.
Lorsqu’on approche de la petite maison rouge qui se dresse sur le rivage de la commune de Tjeldsund, on entend un bruit sourd, celui d’une pompe qui a pour fonction d’amener les eaux usées des habitants de village situé à la frontière du Troms et du Nordland, directement dans l’Ofotfjord. Le directeur du développement de la commune se justifie : l’usine de traitement a été endommagée par le sable. Même s’il reconnaît une complète violation des règles en la matière, il maintient que les émissions nocives sont contrôlées par le simple fait qu’elles soient « noyées » dans un très gros débit d’eau. Et cette situation serait provisoire dans l’attente de la construction d’une nouvelle usine de traitement. Pour « limiter » les dégâts, la commune a fait l’acquisition de nouvelles pompes qui permettront de propulser les eaux usées vers les eaux plus profondes.
C’est en 2007 que la réglementation s’est durcie par transposition des normes européennes. Les communes avaient jusqu’à 2014 pour se mettre en conformité, mais cela s’est avéré difficile à mettre en œuvre.
Pour son enquête, NRK s’est procuré un rapport de 2015 qui démontrait que les usines de traitements des régions de Stavanger, Fredrikstad, Horten, Tønsberg, Sandefjord, Kragerø, Førde, Steinkjer, Levanger, Narvik, Bodø et Tromsø nécessitaient des travaux de mise aux normes plus ou moins importants. En cumul, ces usines sont en charge du traitement des eaux usées d’environ 1,5 million de norvégiens. Mais, comme le rappelle NRK, le chiffre est peut-être beaucoup plus important car le rapport ne contenait aucune donnée relative aux régions de Bergen et Follo.
Le scientifique et biologiste marin Kjetil Hylland de l’Université d’Oslo a consacré sa vie à la recherche sur les océans. Selon lui, le rejet des eaux usées est particulièrement problématique dans les fjords à faible débit d’eau. En effet, les eaux usées contiennent des boosters nutritifs comme le phosphore et l’azote, et dans les fjords fermés, comme celui d’Oslo, cela peut conduire à une trop forte croissance du phytoplancton. En pleine mer, le problème est moins grave. Par ailleurs, les eaux usées contiennent beaucoup de polluants, comme le PCB, le cadmium et le plomb, mais aussi des bactéries, des virus, des agents pathogènes et des particules de plastique. Et ces substances ne disparaissent jamais, mais si elles sont fortement diluées.
A Hammervika (Bodø), une usine flambant neuve (construite en 2010) collecte les eaux usées dans de grands bassins avant de subir un procédé de séparation de la saleté et du liquide. La matière sèche est alors transformée en compost. Bien qu’elle dispose d’une technologie ultramoderne, la municipalité ne respecte pas les exigences nationales. Le problème vient du ruissellement du système qui ne permet pas d’éliminer 50% des boues d’épuration. « Nous ne sommes qu’à 3% du seuil » explique le responsable des services techniques.
La règlementation serait-elle trop stricte ? Non. Fondamentalement, elle se doit d’être rigoureuse. Mais le souci est que la technologie n’est pas assez avancée.
D’après la loi, ce sont les utilisateurs du service qui doivent participer au financement des coûts associés au service. Cela signifie que la charge d’entretien et de mise aux normes des stations d’épuration est répercutée sur les consommateurs. Et les municipalités ne veulent pas alourdir trop brutalement la facture pour les entreprises et les particuliers. A Bodø, par exemple, améliorer le système de drainage afin de résoudre le problème du ruissellement représente un coût de plusieurs millions de couronnes.
Sept milliards de couronnes ont été alloués par l’Etat aux municipalités en un an pour les aider à financer la mise aux normes. Le Ministre de l’Environnement juge donc inacceptable la situation actuelle et a exigé des comtés un audit précis et exhorté les municipalités à assumer leurs responsabilités. Tout en comprenant les difficultés liées à la vétusté de certains réseaux de tuyauterie, il a réaffirmé le devoir de la Norvège, nation maritime, de ne pas être un pollueur des mers.
Source de l’information : NRK
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