Une technique d’intervention sous-marine unique au monde

Pendant 30 ans, la Norvège a installé des pipe-lines sous-marin à plus de 300 mètres de profondeur sans être en mesure de les réparer en cas de fuite, dans la « Norskerenna », la « gouttière norvégienne », une sorte de fjord sous-marin en arc de cercle le long des côtes sud et ouest, allant pratiquement d’Oslo à Ålesund et atteignant jusqu’à 745 m de profondeur. Aujourd’hui la technique est enfin au point.

Nous avons eu de la chance. Une fuite aurait conduit à une vraie catastrophe, estime Helge Ryggvik, spécialiste de l’histoire des exploitations pétrolières du pays. La « gouttière norvégienne » est beaucoup plus proche des côtes que les plate-forme pétrolières. O aurait été en mesure couper l’alimentation, mais une très grande quantité de pétrole aurait fui sans qu’on puisse rien pour l’empêcher.

Dans les années 1970, aucune entreprise au monde n’acceptait de poser et de réparer des pipe-lines à 300 m de profondeur pour franchir la « gouttière norvégienne » et acheminer la production norvégienne off-shore de gaz et de pétrole sur le continent ou vers l’Allemagne ou la Grande-Bretagne. En 1978, des premiers essais sont effectués, mais une plongée à 320 mètres se solde par la mort d’un homme, et le projet est arrêté. Statoil et Norsk Hydro en concluent qu’il est techniquement possible de réparer une rupture de tuyau à 300 mètres, mais qu’il faut améliorer les conditions d’intervention.

En 1980 un nouvel essai est effectué, au cours duquel plusieurs plongeurs sont victimes d’accidents ayant des conséquences sur leur santé, mais l’expérience est présentée au-dehors comme un succès. Sous la pression économique, le parlement accepte la pose de pipe-lines entre Statfjord et Kårstø. Avec un point bas de 360 mètres, les conditions sont plus difficiles que lors des précédents essais, mais on pense que la technologie de réparation sera améliorée sous peu. En fait, de nouvelles plongées d’essai tournent mal au cours de l’année 1983, les médecins concluant à la présence de troubles cérébraux et nerveux chez les plongeurs y ayant participé, mais ces conclusions sont gardées secrètes.

En 1984 et 1985, de nouveaux pipe-lines sont posés, pendant que de nouveaux essais de plongée à 300 mètres se soldent par de graves troubles du système nerveux central des plongeurs, dont certains perdent toute leur capacité de travail. Encore une fois, les impératifs économiques passent en premier: la commission de sécurité des plongeurs est dissoute. La limite de profondeur est fixée à 400 mètres par l’organe directeur des activités pétrolières en Norvège (Oljedirektoratet), malgré un rapport indiquant comme absolument nécessaires des améliorations concernant les gaz respiratoires, la température de travail et le système de communication des plongeurs. En décembre 1988, le pipe-line d’Oseberg est posé, à 350 m de profondeur. L’Oljedirektorat accepte en 1995 la pose du pipe-line de Troll, à 539 mètres de profondeur, puis un autre en 1999. Un nouvel essai de plongés à 250 mètres se révèle toujours aussi nocif pour les plongeurs. L’entreprise Statoil décide d’abandonner et fixe la limite de travail de ses employés à 180 mètres.

Ce n’est qu’en 2005 que la technologie permet de réparer les tuyaux les plus petits dans la « gouttière norvégienne », et il faut attendre janvier 2015 pour qu’il soit possible de le faire, pour tous les diamètres de canalisation, jusqu’à 1000 mètres, sans avoir à utiliser de plongeurs. Cette technologie norvégienne, fruit de plus de 12 années de travail, et dont Statoil avoue ne pas avoir calculé le prix de son élaboration, est actuellement unique au monde.

Mais la priorité des impératifs de sécurité ne semble pas pour autant être encore complètement entrée dans les mœurs. Il y a un mois, le 28 septembre, un nouveau pipe-line sous-marin de 482 kilomètres de longueur a été posé dans la mer de Norvège, à une profondeur de 1260 mètres, sur la foi que la technologie, qui n’a été testée que jusqu’à 1000 mètres, pourra fonctionner aussi à cette profondeur.

Source de l’information : NRK

Copyright photo : inconnue

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