Sur la petite île arctique de Sommarøy, au nord de la Norvège, les habitants ont exprimé un souhait étonnant : vivre hors du temps, affranchis des horaires et des contraintes liées à l’horloge. Ce mouvement symbolique a attiré l’attention des médias du monde entier.
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Une île baignée de lumière pendant 69 jours
Sommarøy — qui signifie “l’île d’été” — bénéficie chaque année de 69 jours de soleil de minuit, entre le 18 mai et le 26 juillet. Durant cette période, le soleil ne se couche jamais, plongeant l’île dans une lumière constante.
Les 321 habitants vivent déjà de manière décalée : les enfants jouent au volley en pleine nuit, certains repeignent leur maison à 2 h du matin, d’autres vont pêcher ou tondre la pelouse à des heures improbables.
« Arrêtons le temps » : une proposition collective
Le 13 juin, lors d’une réunion publique, les habitants ont décidé de soumettre aux autorités une pétition intitulée “Sommarøy: Let’s stop time”. L’initiative a été portée par Kjell Olav Hveding, qui a remis la demande officielle au député norvégien Kent Gudmundsen.
Objectif ? Créer un fuseau horaire sans heure, dans lequel les habitants pourraient vivre selon leur propre rythme naturel, dicté par la lumière, la faim, la fatigue… et non par l’horloge.
Un quotidien déjà libre des horaires
Selon Kjell Olav Hveding, les habitants de l’île vivent déjà sans contraintes strictes : “Nous ne disons pas que le temps ne devrait pas exister, mais qu’il ne devrait pas nous contrôler.” Les horaires d’ouverture du petit magasin s’adaptent souvent aux besoins des habitants. L’école et le travail, de leur côté, pourraient devenir plus flexibles.
“Cette idée ne ferait qu’officialiser une pratique que nous suivons depuis des générations.”
Une proposition utopique ou irréaliste ?
Du côté des experts, les avis sont plus nuancés. Le professeur Ståle Pallesen (Université de Bergen) qualifie l’idée de “très étrange”. “La vie quotidienne repose sur l’horloge : comment savoir quand commencent le travail ou une réunion ?” Il évoque les difficultés de coordination avec le reste du pays, voire du monde. Même Hveding reconnaît que la mise en pratique serait complexe, mais estime que ce changement symbolique pourrait favoriser le bien-être, réduire le stress, voire les arrêts maladie.
Une opération de communication bien orchestrée
À l’entrée de Sommarøy, un pont relie l’île au continent. Sur ses rambardes, les habitants ont accroché leurs montres en guise de protestation contre le temps. Un geste symbolique devenu viral.

Mais derrière cette belle histoire se cache une réalité : il s’agissait d’une campagne de communication orchestrée par l’office public norvégien Innovasjon Norge, pour promouvoir la région et valoriser un mode de vie plus lent et respectueux du rythme naturel.
Une idée folle… mais pas si absurde ?
Même si la proposition n’a pas été concrétisée, elle a lancé un débat important sur notre rapport au temps. Et si, comme les habitants de Sommarøy, nous apprenions à ralentir, à écouter notre corps et à vivre davantage en harmonie avec la nature ?



