Les Norvégiens ont tous appris à l’école, dans les livres de géographie, que les hautes montagnes au relief pointu sont les parties de la Norvège où les glaciers ont laissé leurs plus profondes marques. Les résultats de recherches toutes récentes sur le sujet pourraient bien conduire à la révision de cette théorie: les pics de Svalbard seraient plus vieux qu’on ne croyait de plusieurs centaines de milliers d’années.
Le géologue Endre Før Gjermundsen et ses collègues se sont attaqués à l’ascension de huit des pics aiguisés, réputés inaccessibles, qui se dressent vers le ciel au nord-ouest de Svalbard, pour y prélever des échantillons de roche. Pendant leur travail sur le terrain, les chercheurs ont escaladé plus d’un sommet que l’homme n’avait jamais visité. Le résultat de leurs nombreuses et périlleuses collectes vient d’être publié.
– Le but du projet était de déterminer l’épaisseur que devait avoir la glace dans cette région pendant la dernière glaciation, explique Gjermundsen. Mais les résultats d’analyse ont été très surprenants. Nous avons découvert que ces montagnes ont été recouvertes de glace pendant très longtemps, mais que l’érosion y a été minime.
A l’école, les élèves apprennent en cours de géographie que les glaciers sont constamment en mouvement. Ils râpent et polissent les montagnes qu’ils recouvrent et sont ainsi à l’origine de la formation des vallées et des fjords. C’est exact en beaucoup de cas, mais il existe aussi des glaciers qui sont immobiles. Ils conservent alors au contraire le relief des formations montagneuses qu’ils recouvrent. Jusqu’ici on pensait que cette sorte de glacier n’avait existé que sur des reliefs de hauts plateaux, avec peu de pente. Gjermundsen et ses collègues viennent de prouver que c’est inexact.
D’après Atle Nesje, professeur de géologie à l’université de Bergen, cette découverte devrait éveiller un vif intérêt à l’échelle internationale parmi les géologues.
– Ces résultats sont importants parce qu’il n’est pas possible de les contester. Ils prouvent que les sommets de cette région se sont conservés intacts pendant un million d’années, déclare-t-il, ajoutant que son opinion est que ce phénomène est dû au climat extrêment froid et sec de cet endroit, de sorte que les glaciers s’y sont tenus tranquilles, malgré les fortes pentes sur lesquelles ils étaient accrochés.
L’âge de ces sommets a été évalué en mesurant la quantité de rayonnement cosmique à laquelle les roches qui les constituent ont été exposées. L’exposition à ces rayonnements provoque la formation d’isotopes (atomes d’un élément chimique pour lequel le nombre de neutrons du moyau est différent), en quantité proportionnelle à la durée. Cet effet du rayonnement cosmique n’est sensible que jusqu’à un ou deux mètres de profondeur dans la roche. Cette couche superficielle aurait été facilement érodée si les glaciers avaient bougé à cet endroit, et alors la quantité d’isotopes dans la roche aurait été remise à zéro. Une fois la glace disparue, « l’horloge » se remet en marche. C’est pourquoi les chercheurs s’attendaient à une quantité d’isotopes correspondant au temps écoulé depuis la dernière glaciation. Au lieu de cela, l’exposition au rayonnement cosmique des échantillons prélevés correspond à un million d’années.
Source de l’information : NRK
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