Le théâtre national de Norvège dédié au nynorsk célèbre cette année son 100ème anniversaire avec un programme spécial qui propose pas moins de 30 pièces différentes, bat des records de ventes de billets et accumule les récompenses.
Le programme du centenaire comporte une interprétation dramatique d’histoires issues de la Bible et une version de l’Antéchrist, basé sur le film controversé du réalisateur danois Lars von Trier.
Det Norske Teatret (littéralement « Le Théâtre Norvégien ») se situe désormais au n°8 de Kristian IV Gate, dans le quartier moderne de la capitale, non loin du vénérable Nationalteatret (Théâtre National). Depuis 100 ans, il propose des pièces et concerts exclusivement en nynorsk. La Norvège compte deux langues officielles : le bokmål (littéralement « langue des livres) issu du danois qui a dominé la Norvège pendant des siècles, et le nynorsk (littéralement « nouveau norvégien ») provenant des dialectes régionaux retravaillés par le linguiste Ivar Aasen au milieu du XIXème siècle. Alors que la plupart des norvégiens s’expriment dans leur propre dialecte, 85 à 90% de la population écrit et parle le bokmål, et c’est la langue la plus souvent enseignée aux étudiants étrangers.
Pourtant, le nynorsk est souvent considéré comme la plus belle et plus créative des deux langues, bien que déroutante pour les étrangers. La poésie sonnerait mieux en nynorsk et la plupart des grands romans et pièces de théâtre ont été écrits, à l’origine, en nynorsk. Le directeur artistique du Norske Teatret, Erik Ulfsby, est lui-même né à Oslo et parle le bokmål dans sa vie quotidienne. Malgré cela, comme de nombreux norvégiens, il est convaincu que le nynorsk est supérieur bokmål lorsqu’il s’agit de s’exprimer sur scène.
Le journaliste et philosophe Alfred Fidjestøl prépare actuellement un livre sur l’histoire du Norske Teatret. Le texte fondateur du théâtre, en 1913, stipulait qu’il avait pour rôle de promouvoir les pièces en «langue norvégienne », ce qui à l’époque voulait dire « en nynorsk ». A tel point qu’après sa première représentation en nynorsk en 1913, une bagarre a éclaté devant le théâtre et s’est transformé en une manifestation de quelques 20.000 personnes qui dura 6 jours. Beaucoup d’habitants étaient en effet fort mécontents que le nynorsk soit devenu obligatoire dans les écoles (beaucoup le sont encore) et l’ouverture de ce théâtre était plus que certains ne pouvaient supporter dans cette ville qui s’appelait encore Christiana, du nom d’un ancien roi danois.
Sur la scène du Norske Teatret, on peut entendre du nynorsk ou parfois des dialectes locaux, mais jamais de bokmål. Ce n’est pas un hasard si ce théâtre a été fondé dans la capitale et s’il a été ambitieusement baptisé « Théâtre Norvégien ». La révolution du nynorsk ne pouvait avoir lieu qu’au cœur même de l’élite dano-norvégienne, avec dans le public le Roi Haakon VII, né au Danemark, présent le jour de l’inauguration. En 1913, la définition de la culture norvégienne fût le sujet de débats houleux, comme c’est le cas aujourd’hui avec la nomination de Hadia Tajik, une norvégienne musulmane d’origine pakistanaise et parlant le nynorsk, en tant que Ministre de la Culture.
**Photo 1 : Les Norvégiens font la queue devant le Norske Teatret, à son ancien emplacement, en 1971 pour obtenir des billets pour la représentation de Hair en nynorsk
**Photo 2 : Le nouveau Norske Teatret dans le centre-ville d’Oslo
Commenter cette actualité sur le forum
Source de l’information : News in English
Copyright photo : inconnue





