Autrefois (en l’espèce, il n’y a pas plus de 40 ou 50 ans), le pays d’où venait une personne pouvait dans une bonne mesure se deviner d’après son prénom. Il ne faisait pas de doute que Bjørn, Harald, Aud ou Bjørg étaient norvégiens. Olof, Lennart, Kristina et Kerstin étaient tout aussi évidemment suédois, de même que Niels, Poul, Ditte og Dorthe étaient danois, alors que les Allemands s’appelaient le plus souvent Horst, Kurt et Ingrid. Il n’était pas beaucoup plus difficile de deviner de quel coté de la Manche venaient Michael, Stephen et Susan, ou Pierre et Monique.
De nos jours il est devenu plus difficile de placer les gens sur la carte à partir de leur prénom. Emma et Sara, Daniel et Martin peuvent être tout aussi bien allemands qu’anglais, ou venir de Norvège, de Suisse ou des Pays-Bas.
L’importation des prénoms n’est pas d’aujourd’hui; seul un petit nombre des prénoms aujourd’hui en usage en Norvège peuvent être dit vraiment « norvégiens » et aujourd’hui on ne ressent plus Ole, Jan, Ida ou Marie comme des prénoms « étrangers ».
On peut compter trois vagues d’arrivée de prénoms originaires de pays étrangers:
– La première, autour des années 1900, avec des prénoms anglais ou américains, parmi lesquels la plupart des prénoms qui finissent en -y: Henry, Harry, Stanley og Willy- Anny, Betty, Elly, Jenny, Kitty, Lilly et Mary. D’autres prénoms courant de cette époque étaient Arthur, Georg, Edith, Esther, Harriet et Ruth . Cette vague, qui a culminé dans les années 20, doit être considéré en rapport avec le retour au pays de beaucoup d’émigrés. Les nombreux marins du sud de la Norvège ont aussi fréquemment rapporté de leurs voyages des prénoms étrangers.
– Une autre vague date des années qui ont suivi la deuxième guerre mondiale; elle est surtout anglo-américaine encore, et un pue plus forte que la première. C’est autour des années 50 que sont apparus les prénoms de Roger, Roy, Ronny, Jim(my), Jo(h)nny, Tom, Tommy, Glenn, Frank, Kenneth, Kent, Kim et Raymond pour les garçons, ainsi que Jane, Kate et May pour les filles. Ces prénoms ont été populaires dans se répandre universellement, leur usage étant en gros resté limité aux quartiers Est d’Oslo, à l’Østfold et au Nord de la Norvège. Pour les prénoms féminins, l’origine a été plus variée, puisque de cette époque date aussi la popularité de Anette, Anita, Jeanette, Linda, Monica, Rita et Yvonne. Cette vague d’après-guerre a pris fin vers les années 1980, et aujourd’hui ces prénoms sont devenus assez rares.
– La troisième vague dans laquelle nous sommes encore est plus diffuse et généralisée. La tendance générale à l’internationalisation depuis 10-15 ans ne consiste pas tant directement à importer certains prénoms étrangers qu’à exprimer une sorte de globalisation culturelle par la libre circulation des prénoms, limitée dans un premier temps à l’espace de l’Europe et de l’Atlantique Nord. Bien davantage de joms sont concernés que pour les deux premières vagues. ce sont surtout les prénoms dont la graphie et la prononciation sont les plus communes aux différentes langues, en quelque sorte les prénoms « neutres ».
Si les Norvégiens sont devenus ainsi davantage cosmopolites, c’est que le monde vient à nous plus facilement qu’avant: les mass-média, particulièrement la télévision, sont en grande partie influencés par des programmes venant de l’étranger. Nous sommes aussi beaucoup plus mobiles qu’autrefois, voyageant davantage. La coopération internationale s’est étendue à aux domaines économique, politique et culturel. Enfin un grand nombre de jeunes étudient à l’étranger pour une plus ou moins longue période. Dans un tel monde, les parents peuvent donc choisir le prénom de leur enfant en prévoyant que celui-ci sera amené à séjourner à l’étranger, et des prénoms comme Synnøve ou Torbjørn seront considérés comme peu pratiques à cet égard. D’autres subiront l’influence générale et inconsciente des modes dans ces questions de goût.
Sara était le troisième prénom féminin le plus employé en Norvège en l’an 2000; il était au 4ème rang au Danemark et en Belgique, au 12ème et 13ème rang en Suède et en Finlande, au 18ème rang au Groënland. Mais on le trouve aussi dans les têtes de liste en Irlande, en France, en Autriche, en Suisse et en Allemagne. C’est encore le cas de Emma, Hanna, et surtout Emilie (sous différentes formes). Beaucoup de ces prénoms de fille internationalement populaires ont la caractéristique de finir en -a (Anna, Camilla, Lisa, Rebecca, Victoria, Ida, Thea, Nora…). Ces prénoms en -a représentent à peu près 25% des prénoms de fille donnés chaque année en Norvège.
Pour les prénoms de garçon, il n’y a pas de catégorie dominante semblablement identifiable. Thomas est probablement le prénoms qui est commun au plus grand nombre de pays; on peut citer aussi Daniel, Kevin, Martin, Aleksander et Marcus. Les prénoms qui finissent en -as et -us repésentent aujourd’hui 15% des prénoms donnés aux garçons en Norvège. Ce sont toutefois les prénoms de filles qui se sont le plus internationalisés.
Un autre trait caractéristique, peut-être un peu étonnant, est la popularité des prénoms bibliques, en dépit de la baisse de la pratique religieuse en général pour la Norvège: Benjamin, Daniel, David, Elias, Gabriel, Isak, Jakob, Jonas, Jonathan, Markus, Mathias, Michael, Simon, Thomas… ainsi que Hanna, Lea, Maria, Rebekka et Sara.
Ces tendances ont pour conséquence que les prénoms typiquement norvégiens sont en recul. Vers la fin des années 1940, on avait en tête de liste Bjørn, Arne, Harald, Inger et Randi. En 2001 il faut descendre à la 18ème place pour trouver Sondre, et encore plus bas pour Ole, Lars, Anders, Stian et Erlend. De même les prénoms contenant les lettres norvégiennes æ, ø et å se font de plus en plus rares. Cela a commencé dès avant la seconde guerre mondiale pour les filles (9% seulement recevaient alors un tel prénom à la naissance). Les garçons ont mieux résisté jusqu’aux années 1980, mais depuis rien n’indique que la baisse va s’arrêter, surtout pas la généralisation de l’usage des adresses mail qui obligent à convertir ces lettres. Les prénoms comme Håvard ou Håkon (soit avec å, soit avec aa) ou Jørgen ont connu un regain dans les années 1990, mais il semble désormais terminé.
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