Il était une fois un père de famille qui s’appelait Andersen le menuisier et qui avait comme de nombreux autres pères beaucoup d’enfants.
Un soir de Noël, alors que sa femme et ses enfants mangeaient des noisettes en espérant pouvoir jouer au jeu Filipine, Andersen le menuisier s’éclipsa discrètement.
Il se rendit dans son atelier où l’attendait un costume de père Noël et un petit traîneau sur lequel était posé un grand sac rempli de cadeaux. Il revêtit le costume du père Noël puis sortit le traîneau dans la cour de la ferme.
Mais ce soir là, le sol était si glissant qu’Andersen le menuisier perdit l’équilibre. Il s’étala de tout son long et atterrit sur le sac rempli de cadeaux posé sur le traîneau. Le traîneau se mit alors à glisser et dévala à toute allure la pente qui menait à la route principale, entraînant Andersen le menuisier dans son élan.
Sur la route, un autre homme déguisé en père Noël arrivait, tirant lui aussi un petit traîneau.
– Attention ! cria Andersen le menuisier, tout en essayant de maîtriser la trajectoire de son traîneau. Mais avec son masque de père Noël, Andersen le menuisier n’y voyait pas très bien et il ne put éviter l’autre homme. Ils tombèrent dans le fossé tous les deux.
– Pardonnez moi, dit Andersen le menuisier en se relevant.
– Pardonnez moi, lui répondit l’autre homme.
– Je crois que nous sommes sortis pour la même raison, fit remarquer Andersen le menuisier.
– Et je vois que vous aussi avez revêtu le costume du père Noël, ajouta-t-il en souriant.
Il tendit sa main et se présenta :
– Andersen le menuisier.
– Le Père Noël, répondit l’autre homme en serrant sa main.
– Hé, hé ! dit Andersen le menuisier. On a bien le droit de plaisanter un peu, après tout, c’est le soir de Noël.
– Exactement, lui répondit l’autre avec un sourire malicieux.
– Et si vous voulez, je peux me rendre chez vous et distribuer les cadeaux à vos enfants, tandis que vous irez chez moi rejoindre les miens, proposa-t-il. Mais il faudrait alors que vous retiriez ce costume ridicule.
– Mais quel costume vais-je bien pouvoir porter alors ? s’inquiéta Andersen le menuisier.
– Vous n’avez pas besoin de vous déguiser. Mes enfants croisent des lutins tous les jours. En revanche, ils n’ont encore jamais rencontré de véritable menuisier. Chaque année, à noël, j’ai pour habitude de leur dire : « si vous êtes sages, Andersen le menuisier viendra vous voir le soir de Noël, pendant que j’irai distribuer les cadeaux à tous les petits enfants de la terre. » Mais la vie a fait que je n’avais encore jamais eu l’occasion de vous rencontrer. Alors, êtes-vous d’accord pour que nous échangions nos rôles afin que mes enfants n’aient pas à rester seuls le soir de Noël ?
– Oui, pourquoi pas, lui répondit Andersen le menuisier. Mais je n’ai aucun cadeau pour vos enfants, s’inquiéta-t-il aussitôt.
– Des cadeaux ? s’étonna le père Noël. N’êtes-vous pas menuisier ?
– Euh oui…
– Emportez donc des bouts de bois et quelques clous. Et puis, vous devez bien avoir un couteau ?
Bien sûr, Andersen le menuisier possédait un couteau et il trouva quelques morceaux de bois et de petits clous dans le fond de son traîneau.
– Eh bien, vous n’avez qu’à suivre l’empreinte de mes pas dans la neige et vous enfoncer dans les bois. Moi, je me charge de votre traîneau et de votre sac de cadeaux. Vous habitez au deuxième étage, c’est bien cela ?
Andersen le menuisier acquiesça.
Le père Noël se dirigea donc vers la maison d’Andersen le menuisier, tandis que celui-ci pénétra dans les bois. Il n’eut pas à marcher bien longtemps. Lorsqu’il eut dépassé quelques sapins, un gros rocher, il contourna une souche d’arbre et se retrouva nez à nez avec trois petits bonnets pointus.
– Il arrive, il arrive ! s’écrièrent les enfants et s’élancèrent en direction d’un arbre qui avait été déraciné par le vent lors d’une récente tempête.
Andersen le menuisier atteint l’arbre aux racines sorties de terre et vit la mère Noël.
– Maman, il arrive. Andersen le menuisier arrive, Regarde ! N’est-il pas grand ?
– Calmez-vous donc les enfants. On dirait que vous n’avez jamais rencontré personne ! s’amusa mère Noël.
– Mais nous n’avons jamais rencontré de vrai menuisier !!! lui répondit l’un des enfants.
– Je vous en prie, entrez, dit mère Noël à l’intention d’Andersen le menuisier, et souleva une branche de sapin.
Andersen se baissa et se faufila sous la branche. Il se retrouva dans un petit salon. De jolies dalles de pierre recouvraient le sol. Le mobilier se composait de chaises creusées dans le bois, de petits lits douillets et de tapis tissés aux couleurs de la canneberge. Un jeune enfant se reposait dans le plus petit des lits et un vieil homme était assis dans un fauteuil dans l’un des coins de la pièce.
– Tu as apporté un couteau ?
– Et des planches de bois et des clous ?
Les enfants du père Noël parlaient tous en même temps, tout en courant autour d’Andersen et en le tirant par la manche.
– Les enfants, laissez au moins Andersen passer le pas de la porte avant de vous ruer sur lui ! intervint mère Noël. Elle invita Andersen le menuisier à s’asseoir.
– Y a-t-il un lutin que je ne connais pas dans la maison ? demanda le vieil homme depuis son fauteuil.
– C’est Andersen, le menuisier, lui répondit mère Noël en criant pour qu’il entende. Elle se tourna vers Andersen :
– Grand-père est si vieux, il ne sort plus. Vous devriez aller le saluer, cela lui ferait grand plaisir.
Andersen le menuisier s’avança et prit la main du vieil homme. Elle était dure et rugueuse comme de l’écorce !
– Allez, tu peux t’asseoir maintenant, s’impatienta l’un des enfants.
– Tu sais ce que tu vas fabriquer pour moi ? demanda le plus grand des garçons en souriant, plein d’espoir. Tu pourrais me construire un petit traîneau ?
– Eh bien, je peux essayer, lui répondit Andersen, à qui il ne fallut que peu de temps pour terminer le traîneau.
– Maintenant, c’est à mon tour, s’écria une petite fille, en tournant sur elle-même, faisant ainsi voler ses longues nattes dans les airs.
– Qu’aimerais-tu avoir ? lui demanda Andersen le menuisier.
– Un lit de poupée !
– Et tu possèdes une poupée ?
– Non, mais je joue parfois avec les petits de la souris des bois. Et avec les bébés écureuils aussi. Ils adorent jouer à la poupée avec moi, expliqua la petite fille.
Andersen lui fabriqua donc un petit lit de poupée. Puis, il se tourna vers le plus jeune des enfants, qui venait de se lever. Celui-ci était très timide. Son nez était recouvert de trois taches de rousseur.
– Je ne sais pas, murmura le petit.
– Mais si, mais si !! Il le savait bien jusqu’à aujourd’hui, s’amusèrent les autres enfants. Allez, dis-le, l’encouragèrent-ils.
– Une toupie, souffla le jeune garçon.
– Et bien, tu vas l’avoir, lui dit Andersen le menuisier, et fabriqua aussitôt une jolie toupie.
– Maintenant, tu dois fabriquer quelque chose pour maman, s’écrièrent en cœur les enfants.
– Chut ! Les enfants ! dit la mère Noël, gênée.
– Dîtes moi donc ce que vous souhaitez, insista Andersen.
La mère Noël lui montra alors une vieille cuillère à soupe en bois toute abîmée, qu’elle avait caché derrière son dos. La cuillère était fêlée, de sorte qu’il n’était plus possible de manger de la soupe avec.
– Peut-être pourriez-vous réparer cette cuillère, demanda doucement mère Noël.
Andersen le menuisier réfléchit, tout en se grattant la tête avec son crayon qu’il avait coincé derrière l’oreille.
– Je vais plutôt vous en faire une nouvelle, finit-il par dire.
Il sortit et s’empara d’un morceau de bois qui gisait près de la porte d’entrée et qu’il avait repéré en arrivant un peu plus tôt dans la soirée. En un tour de main, il en fît une belle cuillère en bois pour la mère Noël. Puis, il s’attaqua à une longue racine dont l’une des extrémités se terminait en nœud. Il s’installa sur une chaise et se mit à travailler cette racine sans rien dire. Au comble de l’excitation, les enfants insistèrent pour qu’il leur explique ce qu’il fabriquait mais Andersen le menuisier garda le silence. Quand il eut enfin fini, tous virent qu’il tenait une jolie canne dans ses mains.
Andersen alla trouver vers le vieil homme :
– Grand-père, voici pour vous, dit-il d’une voix forte pour que le vieux père Noël l’entende.
Enfin, Andersen ramassa tous les petits morceaux de bois restant qui gisaient par terre et façonna un petit oiseau aux ailes légères qu’il suspendit au-dessus du lit du plus jeune des enfants.
– Mais que c’est joli, s’enthousiasma mère Noël. Mille mercis ! Les enfants, soyez gentils et venez remercier Andersen. Nous ne sommes vraiment pas prêts d’oublier ce soir de Noël !!
– Merci, merci, merci, s’écrièrent les enfants.
Même le vieux grand-père se leva et fit les quelques pas qui le séparait du menuisier en s’aidant de sa nouvelle canne :
– Merci beaucoup !
C’est alors qu’Andersen le menuisier entendit de petits bruits venus de l’extérieur :
– Je vous remercie également et je vous souhaite une bonne année. Il se dépêcha ensuite de prendre congés avec ses hôtes d’un soir. Dehors, il retrouva le père Noël qui revenait de sa tournée.
– Merci pour votre aide, Andersen, lui dit le père Noël.
– Qu’ont dit mes enfants lorsque vous êtes arrivés ? voulut-il encore savoir.
– Eh bien, ils étaient ravis, lui répondit Andersen. Maintenant, je pense qu’ils n’attendent plus qu’une chose, c’est que vous rentriez les retrouver. Et pour vous, comment cela s’est-il passé ? Mon petit dernier n’a pas eu trop peur de vous j’espère ?
– Oh non, bien au contraire, le rassura le père Noël. Il croyait même que j’étais vous ! « Regarde, j’ai attrapé mon papa » répétait-il sans cesse.
– Bon, eh bien je vais me dépêcher de rentrer chez moi, dit Andersen le menuisier. Il souhaita une nouvelle fois un joyeux Noël au Père Noël et s’en alla.
Lorsqu’il arriva chez lui, il retrouva ses enfants dans le salon et leur demanda de lui montrer les cadeaux qu’ils avaient reçus. Alors, ses enfants se mirent à rire :
– Mais tu les as déjà vu !! Tu nous les as donné tout à l’heure quand tu faisais le père Noël !
– Non, non. Moi, j’étais chez les enfants du père Noël. Je leur ai fabriqué des cadeaux, leur expliqua Andersen.
Bien sûr, ses enfants ne le crurent pas.
Un soir, quelques jours plus tard, Andersen le menuisier me rendit visite. Il me raconta son histoire et me demanda de l’écrire. Et c’est ce que j’ai fait.
@ Conte traduit du norvégien par Kristalina
* Filipine : il s’agit d’un jeu auquel les Norvégiens aiment beaucoup jouer pendant les fêtes de Noël, une période où les gens aiment tout particulièrement manger des noisettes. Lorsque quelqu’un tombe sur deux noisettes dans une même coque, il demande à la personne la plus proche de lui si elle souhaite jouer à filipine avec lui. Si elle accepte, ils décident ensemble d’une date, d’un horaire et d’un cadeau. Le jour J, à l’heure dite, le premier qui dit filipine à l’autre gagne le cadeau. Mais attention ! Il est interdit de programmer une alarme sur un réveil ou un portable ou encore de rédiger un pense-bête pour ne pas oublier. Il faut s’en souvenir sans aucune aide extérieure.
Source de l’information : Snekker Andersen og julenissen
Copyright photo : inconnue





